
« Glisser un stop » pourrait ne plus être éliminatoire : la Sécurité routière travaille à assouplir l’examen du permis de conduire
Par Clément Gros
Le 19 février 2026 à 16h02
INFO LE FIGARO - La Sécurité routière explore en coulisses une évolution des fautes éliminatoires à l’examen du permis, alors que les échecs restent massifs et que les délais s’allongent. Depuis décembre, un groupe de travail examine différentes pistes.
Et si demain, un « stop glissé » ou d’autres erreurs aujourd’hui éliminatoires, ne condamnaient plus un candidat au permis ? Depuis quelques semaines un groupe de travail piloté par la sous-direction de l’éducation routière et du permis de conduire s’attelle à revoir les règles d’obtention de la précieuse carte rose. Différents acteurs planchent sur ce dossier : administration, syndicats d’inspecteurs et organisations professionnelles d’auto‑écoles.
La démarche s’appuie sur un constat documenté : 93 % des échecs comportent au moins une erreur éliminatoire, et le taux de réussite national reste bloqué sous les 60 %depuis dix ans. Chaque échec mobilise une nouvelle place d’examen qui pourrait profiter à un primo‑candidat. Le système se grippe, et ce sont les ressources d’inspection, déjà sous tension, qui en pâtissent.
Le cœur du débat touche à la définition même de l’erreur éliminatoire. La directive européenne sur les modalités d’examen du permis insiste sur la notion de danger immédiat : « Les erreurs de conduite ou un comportement dangereux mettant en cause la sécurité immédiate du véhicule d’examen, de ses passagers ou des autres usagers de la route, ayant nécessité ou non l’intervention de l’examinateur, sont sanctionnés par un échec».
S’y ajoutent en France cinq infractions dites « socles », automatiquement éliminatoires : sens interdit, ligne continue, franchissement d’un stop ou d’un feu, circulation sur bande d’arrêt d’urgence ou voie réservée. La France applique aujourd’hui une version plus stricte, pouvant conduire à un échec au permis même en l’absence de danger réel.
La question posée est donc la suivante : faut‑il éliminer un candidat pour une simple faute isolée, par exemple le non‑respect de priorités et de stops, sans mise en danger, lorsqu’il valide par ailleurs son bilan de compétences ?
Les trois pistes de travail
Trois pistes ont été officiellement présentées.
- La première vise à revenir strictement aux cinq erreurs éliminatoires prévues par l’arrêté de 2010, en supprimant les autres cas ajoutés au fil des années dans les tablettes d’évaluation. Il y aurait donc moins de fautes éliminatoires.
- La seconde consisterait à réaligner les arrêtés français sur la directive européenne : l’élimination ne serait prononcée que si l’inspecteur constate un danger immédiat. Ce sera à lui de l’expliquer.
- Enfin, la troisième piste proposerait de délivrer le permis malgré une faute éliminatoire isolée, si le candidat a validé un seuil de compétences suffisant, en échange d’une formation post‑examen de cinq heures.
En décembre dernier, un calendrier de travail sur le sujet a été présenté aux acteurs, pour une possible mise en œuvre d’ici la fin de l’année 2026. Contactée par Le Figaro, la Sécurité routière précise qu’il s’agit «d’un travail amorcé pour voir comment transposer mieux la directive européenne, et optimiser le passage du permis, si possible. Aucune décision n’est prise. C’est vraiment un travail collaboratif», conclut l’institution.




