Syndicat national Force Ouvrière des Inspecteurs, Cadres et Administratifs du permis de conduire et de la sécurité routière
Droits sociaux
30.06.2021

APPROCHE SOCIOLOGIQUE DU MOUVEMENT OUVRIER

 

Introduction :

Il s'agit d'aborder quelques points de la pensée liée aumouvement ouvrier,  notamment du point devue marxiste ;

Deux précisions :

1) Reprise d'une terminologie qui peut paraître datée, voire dépréciative. Par exemple : prolétaire (en tant que contraire de « propriétaire »), ou encore « ouvrier ».

Ce ne sont pas des gros mots (réalités encore existantes). Dans la société actuelle, les salariés au sens large sont aussi les fonctionnaires. Patron : patron de l’usine, mais aussil ’administration.  

2) ce propos n'est pas un plaidoyer inconditionnel et aveugle en faveur de la pensée qu'est le marxisme (même si la critique du capitalisme est assumée) ; il s'agit juste de poser des jalons pour que chacun puisse prolonger la réflexion, et tirer ses propres conclusions.

C'est le cheminement intellectuel personnel qui est important, le fait de réfléchir et de tenter de sortir du carcan de la pensée unique, des schémas qui nous sont imposés via l'institution de l'éducation.

Ce qu’on constate en conséquence, c’est une raréfaction des individus qui tentent de sortir de ce carcan de la pensée unique.Il y a une raison évidente à cela : 'école ne forme pas des êtres pensants (c'est-à-dire « critiques »), elle forme des bipédes « employables ».

Paradoxe à souligner : économie du savoir et de la connaissance (emphase sur l’institution dite de formation et d’éducation) et en même temps, la société n’a jamais aussi peu éduquée.

= transformation de l’institution d’éducation en institution de reproduction du serviteur de système.

Il en ressort des individus qui n’ont pas d’autres soucis, qui ne doivent pas avoir d’autres soucis, que de maintenir la mécanique de production et de multiplication de l’argent. C’est ce qu’on appelle l’employabilité (= trouver sa place sur le marché du travail). Former ce que l’industrie, la finance veulent pour alimenter le système qui vise à multiplier l’argent.

- Nécessité d'un travail énorme sur nous-mêmes, car nous sommes tous pollués par cette approche éducative.

Or il nous semble qu’en tant que minorité révolutionnaire (langage marxiste), nous avons un rôle à jouer dans cette accession à l’autonomie, à la prise de recul par rapport au cadre de pensée imposé par la sphère libérale.

Nous allons donc aborder quelques notions qu’il est important de connaître, notamment pour nos militants car elles renvoient à un de nos rôles premiers, être des jalons de conscience de classe auprès des salariés.

 

1) Concepts de lutte des classes et de conscience de classe

La dimension plurielle des écrits de Marx estplurielle : son œuvre ne se réduit pas à la dimension économique du Kapital ; aspects socio et philo. Cohérence de sa pensée admise au-delà du cercle révolutionnaire.

Rappeler quelques fondamentaux dont chacun pourra apprécier encore l'actualité, voire la pertinence si on la rapporte à l’action syndicale.

La lutte des classes est ainsi considérée comme LE moteur de l’histoire. Ça reste une théorie comme une autre sur le sens de l’histoire (cf. La Providence chez Bossuet, La raison chez Hegel : Hegel affirme que l'histoire universelle se déroule rationnellement, c'est-à-dire qu'elle constitue un processus dans lequel les événements s'enchaînent rationnellement les uns à partir des autres).

 

La lutte des classes comme moteur de l’histoire  (à ne pas confondre avec le conflit social), c’est une construction, c’est un processus qui se décompose en plusieurs phases.

Dans un premier temps, les prolétaires, sont simplement réunis physiquement, sans conscience de classe.

Le philosophe affirme par exemple que les paysans français du XIXe siècle ne possèdent pas de conscience de classe parce que, semblables à des pommes de terre entassées dans un sac, ils ignorent la dimension collective de leurs intérêts. Le patron essaie d’entretenir cet état de fait.

Dans cette construction, les prolétaires vont commencer par percevoir individuellement  l’état déplorable de leurs conditions de travail, et le degré d’exploitation qu’ils subissent.

Se développe alors, progressivement, pour les prolétaires, le besoin de se réunir de façon solidaire pour défendre leurs intérêts au sein de la sphère de production matérielle (sur questions de salaire et conditions de travail par exemple).

 

Cette nécessité d’une continuité dans leur auto-défense va faire apparaître le besoin d’organisation structurée pour les prolétaires. Lemouvement syndical devient alors une nécessité pour organiser, structurer, et permettre la lutte de classe sur le lieu de travail. Le syndicat a donc un rôle de STRUCTURATION.

La lutte de classe se structurant dans un premier temps autour de l’action syndicale, va ensuite prendre une tournure politique aumoment où les prolétaires comprennent que l’exploitation peut cesser s’ils s’emparent du pouvoir politique.

Ce qui était une lutte syndicale devient alors une lutte politique, c’est à dire un fait de société, qui nécessite une organisation politique.

Marx sera un artisan majeur de la construction des organisations politiques ouvrières en Allemagne, en France et en Angleterre. En 1864, il participe à la constitution de la première internationale ouvrière.

Ce que prône Marx, c’est la « dictature du prolétariat » afin de construire une société sans classe dans laquelle l’exploitation de l’homme par l’homme aura disparu (plus de rapport de domination, donc plus d’état).

Pour Marx, les classes sociales sont ainsi le moteur de l’histoire qui, dans leurs affrontements successifs, devraient permettre l’abolition des classes sociales (puisque si plus de patrons, plus de salariés bien sûr).

Tout cela nous ramène à la charte d’Amiens de 1906 (un des textes fondateurs du syndicalisme révolutionnaire auquel nous appartenons) : défense quotidienne des revendications émanant de la base elle-même, puis l’évocation de l'émancipation intégrale du prolétariat, qui ne peut se réaliser que par l'expropriation capitaliste.

Cette conscience de classe c’est en définitive l’enjeu majeur de l’ambition révolutionnaire.

Le gros problème, c’est que la bourgeoisie (= patrons) s’efforce de réduire la conscience à un phénomène individuel sans possibles répercussions. Exemples : diviser les équipes, administration qui introduit la méritocratie pour renforcer l’individualisme etc.

Ce qui devient essentiel, c’est alors de jouer un rôle d’Éducation, au sens large, du prolétariat : on peut rapporter ce principe au rôle d'émancipation des salariés porté par le syndicat ;

Il ne s'agit bien sûr pas de transmettre une histoire de la philosophie, mais de créer les conditions pour que les salariés prennent conscience de leur existence spécifique, de leurs intérêts communs, de leur appartenance à une classe.

Syndicat en tant qu'outil qui contribue à l'émergence de la conscience. Il est important de comprendre que le syndicat ne se place au-dessus de la mêlée, puisqu'il EST les salariés ; c’est un lieu d’autogestion des ouvriers-salariés.

 

2) Sur les difficultés des syndicats « de lutte ».

Il ne s’agit pas de se cacher derrière son petit doigt. Nous devons reconnaître quelques difficultés actuelles pour les syndicats de lutte (ce qui est symptomatique par exemple, c’est la faible mobilisation sur les grands thèmes : défense des services publics et des statuts, des retraites, de la sécu. etc.) ;

Ce qu’on doit avoir à l’esprit, c’est que l'histoire est un cycle et que les syndicats de lutte restent le seul outil capable de s'opposer au patronat (ou a l'administration, puisqu’encore une fois c’est la même chose car l'administration est désormais au service de l'état libéral servant les intérêts du capital).

Pourquoi ces difficultés :

a) Il y a des raisons historiques, comme le recul de la classe ouvrière : la désindustrialisation.

b) Il y a des raisons sociologiques : rupture générationnelle, distance prise par rapport à certaines formes de sociabilité (se démarquer de ce qui fait trop « ouvrier » ; dévalorisation de la culture ouvrière).

c) Raisons sociétales : entresoi protecteur qui caractérisait la vie ouvrière et qui disparaît (cf. cités ouvrières) ; problème de la transmission de la culture ouvrière via les cercles laïques, jeunesse communiste ou jeunesse ouvrière chrétienne, colonies de vacances : favorisaient la conscience de classe) ;

Mais aussi, problème essentiel du capitalisme qui asservit : critères purement économiques en lieu central et valeur suprême de la vie sociale.

= détérioration des significations sociales précédentes : sens du travail, élimination du rôle de l'humain dans la production. La « rage d'acquérir » devient le sens de l'existence.

Concernant le capitalisme, il n’y a aucune justification. Il y a soi-disant une justification vulgaire (satisfaire les besoins)  :risible et dérisoire. Qui a décrété que ce qu’il faut avoir, ce n’est pas ce qu’avaient nos ancêtres ? Il n’y a pas de nécessité naturelle à cela. Cf. l’obsolescence programmée, pour que le système continue de tourner. C’est le rationalisme le plus plat, une logique d’une inanité (= caractère de ce qui est vain) complète : un système qui finalement ne peut pas se rendre compte de lui-même qu’il est arbitraire dans ses dispositions.

Au delà de ces aspects sociétaux, ce qui explique aussi les  difficultés des syndicats, c’est la filouterie du patron : le ralliement apparent de l'administration aux vertus du « dialogue social » dissimule le maintien de stratégies patronales visant àcontourner et contenir l’action syndicale.

C’est par exemple les groupes de travail lancés alors que les conclusions sont préexistantes.

Il y a aussi les pièges tendus aux syndicalistes (discrimination qui dissuade ou a contrario les flatteries qui discréditent les délégués syndicaux auprès des collègues). Formations poussées des DRH sur ce sujet du contournement des OS.

Parmi les leviers dangereux utilisés par le patron, il y a également les enquêtes diffusées par l'Administration pour donner l'illusion de l'écoute (mais qui n’ont qu’un but : contourner les OS).

Le dialogue professionnel est une illusion absolue puisqu'il met en présence deux forces antagonistes, et que c'est le « dominant » qui l'orchestre ; problème du lien hiérarchique.

Le dialogue professionnel est une aberration et de la poudre aux yeux : le syndicat reste par nature le seul lieu d'expression des salariés et leur seul outil pour avancer, à l'exclusion de tout autre, puisque le syndicat c’est l’autogestion par ces salariés.

 

3) Une fois ce constat posé, que faire ?

Les collègues ne vont pas prendre conscience de leur appartenance à une classe parce que des minorités révolutionnaires vont aller les éduquer sur des aspects philosophiques.

Notre rôle c’est de participer INDIRECTEMENT à la réappropriation historique : il faut expliquer, être des jalons de conscience, expliquer que le syndicat c’est eux, pointer du doigt les embuscades dressées par le patron.

Le fait de prendre conscience de l’appartenance à la classe, ce sont les contradictions de la vie sociale qui le permettent (le fait d’être exploité, opprimé).

La minorité révolutionnaire participe à cimenter le groupe, accélère quelque peu la prise de conscience, mais la prise de conscience vient de la réalité objective de leur quotidien.

Les salariés pris dans les préoccupations du quotidien vont eux-mêmes comprendre qu’il y a un enjeu collectif, quand ça se mettra à bouger à cause de la réalité objective.

= rappeler que le malaise latent peut s’exprimer à n’importe quel moment (après une décision du patron, peut-être anecdotique, mais qui fait qu’on arrive à saturation).

Ça peut être suite au surgissement d’un problème individuel.  C’est ce qui se passe actuellement dans certains départements par exemple : l’équipe d’inspecteurs comprend qu’il y a un enjeu de vie pour tous.

Phénomène qui conduit à une augmentation significative de l’audience du syndicat dans ces départements et une réappropriation de l’outil syndical par les agents eux-mêmes.

= Il suffit de peu pour que tout ce qui n’était pas visible, apparaisse clairement (aspect décisif dans le combat ouvrier).  

           

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