Syndicat national Force Ouvrière des Inspecteurs, Cadres et Administratifs du permis de conduire et de la sécurité routière
Droits sociaux
28.02.2026

8 MARS : HISTOIRE DES LUTTES CONTRE LA DOMINATION

« Journée de la femme »

VS

« Journée internationale des droits des femmes »

Le 8 mars est parfois considéré comme « la journée de la femme ».

Avec une récupération marketing pour cibler une clientèle féminine, avec des promotions sur les produits considérés comme « féminins », tel que les cosmétiques, les produits électro-ménagers ou les vêtements.

Ces relents commerciaux véhiculent très souvent des stéréotypes sur le rôle de la femme dans la société, profondément antiféministes et patriarcaux et donc à l’opposé de l’objectif même de la journée internationale des droits des femmes.

La journée internationale des droits des femmes, issue du mouvement ouvrier

1907

Cinquante-huit déléguées venant de quinze pays se retrouvent à Stuttgart pour une première « Conférence internationale des femmes », qui se réunit à nouveau en 1910, à Copenhague. Cette dernière est en grande partie dédiée à la question stratégique des rapports entre les comités de femmes issus du mouvement ouvrier et les féministes dites « de la bourgeoisie », notamment les suffragettes luttant pour l’égalité politique. C’est au final la logique de classes qui l’emportera.

Dès 1911

Des Journées internationales des femmes sont organisées aux États-Unis, en Allemagne, en Autriche et en Suède. En Russie tsariste, la « Journée internationale des ouvrières » est célébrée le 2 mars 1913, puis le 8 mars 1914.

1921

Lénine fait du 8 mars un jour férié, ce qui met symboliquement en avant la conjonction des luttes féministes et prolétariennes.

1900 à 1920

De nombreuses femmes en Europe obtiennent le droit de vote. En France, il faudra attendre 1944.  

Dès 1922

Le 8 mars connaît un grand succès à travers le monde.

La 1re Guerre mondiale a toutefois porté un coup d’arrêt à l’avancée des droits des femmes.

Et au lendemain du conflit, les féministes françaises font face à une offensive des conservateurs, qui remettent en cause le droit à la contraception (loi de 1920) et à l’avortement (loi de 1923).

1942

Les choses s’aggravent encore puisqu'avec le régime de Vichy, l’avortement devient un crime d’État.

En Europe, la montée des nationalismes et du fascisme nuit aux droits des femmes :

En Espagne, les femmes ont gagné le droit de vote en 1931 et la liberté d’avorter en 1936, mais ces droits leur sont retirés sous la dictature de Franco et jusqu’à la fin du régime en 1975.

En Italie, Mussolini divise par deux le salaire des femmes dès son arrivée au pouvoir en 1922.

En Allemagne, Hitler cantonne les femmes au foyer, les privant ainsi de l’accès à de nombreux emplois et à l’enseignement.

En France, l’arrivée du Front populaire en 1936 fait un peu avancer la place des femmes en politique. Trois femmes entrent au gouvernement. Néanmoins, les femmes n’obtiennent toujours pas le droit de vote, pourtant déjà en vigueur au Danemark, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Irlande, en Turquie, en Espagne (pour très peu de temps), au Brésil et au Portugal.

Mais le Front populaire enregistre tout de même une avancée : à partir de 1938, les femmes ne doivent plus obéissance à leur mari. Elles disposent désormais d’un début de capacité juridique, et peuvent ouvrir un compte en banque sans l’autorisation de leur mari.

La Seconde Guerre mondiale marque un temps d’arrêt pour la lutte féministe, avant son retour en force dans les années 1970.  

En France, la Libération est marquée par une avancée majeure : l’obtention du droit de vote (21 avril 44), après plus d’un demi-siècle de lutte. La période voit le retour des manifestations. Le 8 mars se généralise dans le monde entier. En 1948, des centaines de milliers de femmes défilent dans les grandes villes de France.

Après la parution en 1949 du Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir, et au sortir d’une période mettant en valeur les mères destinées à repeupler le pays, plusieurs féministes s’organisent et militent pour une maternité consentie et volontaire.  

Tout au long des années 1970

Dans le prolongement du puissant engagement des femmes dans les grèves de 68, le 8 mars va acquérir une nouvelle force, très auto-organisée. Car si le mouvement féministe prend une ampleur considérable durant ces années, beaucoup de femmes se méfient des initiatives gouvernementales et institutionnelles.

1974

Quand le président français met en place un secrétariat d’État à la Condition féminine, avec à sa tête la journaliste et écrivaine Françoise Giroud, certaines féministes en dénoncent l’appellation. Elles estiment en effet que cela revient à déconditionner la place des femmes et donc à cesser de l’essentialiser.

Dans un contexte d’auto-organisation pour leurs droits, notamment le droit à l’avortement, se forment des groupes femmes, inspirés pour certains des consciousness raising groups constitués aux États-Unis.

Ces groupes sont d’emblée considérés comme subversifs, car ils placent en leur centre la parole publique des femmes, jusque-là confinée à l’espace privé. 

L’histoire selon laquelle les femmes ne sont que des vierges et des saintes, des mères aimantes ou des femmes fatales supposées dont l’alcôve est le seul terrain de lutte doit être abolie au profit d’une histoire où apparaissent les luttes, les grèves, les soulèvements populaires, à l’intersection de l’histoire des femmes et de l’histoire ouvrière.

8 mars 1977

Après avoir lancé une « année de la femme » (1975), l’organisation des nations unies (ONU) adopte une résolution pour que les pays membres célèbrent une « Journée des Nations unies pour les droits des femmes et la paix internationale ».

Elle sera rapidement nommée « Journée internationale de la femme », appellation critiquée par nombre de collectifs et qui sera transformée en 2016 par la « Journée internationale des femmes ». Le mot « droits » n’apparaît cependant toujours pas.

8 mars 1982

Bien que sans loi ni décret, cette journée acquiert un statut officiel sous la présidence de Mitterrand, à l’initiative de la ministre déléguée aux Droits de la femme, Yvette Roudy.

 

Années 2010 : le féminisme au cœur des mouvements sociaux 

Octobre 2016

En Pologne, la première grève générale des femmes s’organise en protestation contre un projet de loi bannissant l’avortement.

En Argentine, les femmes font grève pour dénoncer le féminicide de Lucia Perez, assassinée à l’âge de 16 ans. À l’appel du collectif « Ni Una Menos » (pas une de moins), des milliers de femmes sortent dans la rue pour dénoncer les violences sexistes dont elles sont victimes.

Depuis cette date, les féministes lancent chaque année un appel à une grève internationale à l’occasion du 8 mars, dont le retentissement croît d’année en année.

8 mars 2018

En Espagne, la grève est massivement suivie (6 millions de grévistes) : la grève féministe a notamment pour objet de rendre visible une réalité encore trop souvent ignorée : l’inégalité de la répartition des tâches dans la famille.

 

Décembre 2019

A l’occasion de la contre-réforme des retraites « par points », le 1er ministre affirme que les femmes seront les « grandes gagnantes » du nouveau système. Immédiatement, un collectif de féministes et de syndicalistes appelle à un meeting pour démonter cette affirmation. Elles soulignent entre autres qu’avec la prise en compte de l’ensemble de la carrière, les femmes seront pénalisées : carrières hachées, interrompues par l’éducation des enfants, et temps partiels, pèseront davantage dans le mode de calcul envisagé.

L’association ATTAC lance une flashmob sur la chanson « À cause de Macron », une version parodique d’un tube de 87 « À cause des garçons », en reprenant l’icône de Rosie la Riveteuse : vêtues d’un bleu de travail, symbole du travail professionnel, de gants jaunes pour le travail domestique et d’un foulard rouge pour la lutte, des groupes de femmes manifestent pour chanter et danser les effets désastreux de cette contre-réforme sur les femmes.

Cette flashmob fait tache d’huile. Elle est réappropriée dans de très nombreuses villes durant plus de deux mois : cette mobilisation féministe est historique.

2020

Le 8 mars 2020 s’inscrit dans la continuité de cette contestation, alimentée par le scandale des Césars, consécutif à la récompense attribuée à Polanski, accusé de viols et violences sexuelles, et condamné pour abus sexuel sur mineure.

2023

La mobilisation contre le report de l’âge de la retraite à 64 ans s’inscrit dans cette continuité. En effet, le « recul de l’âge légal fait perdre tout ou partie du bénéfice des trimestres validés au titre de la maternité et de l’éducation des enfants. »

Conclusion

Ces luttes, au cours desquelles les « premières de corvée » se sont fortement mobilisées, avec d’impressionnantes grèves, notamment celle de l’Ibis Batignolles tenace et victorieuse, marquent, comme tant d’autres dans l’histoire, la force de l’entraide et de la solidarité.  

Si les femmes s’arrêtent, tout s’arrête ! 

Contre les récupérations, contre les instrumentalisations qui reconduisent les femmes à une place assignée, l’histoire du 8 mars est non seulement l’histoire de la lutte contre domination, l’oppression et l’exploitation, mais aussi celle d’une immense émancipation, de génération en génération.

 

 

* Féminisme :

Doctrine qui préconise l'égalité des droits et du rôle de femme dans la société entre les homme et les femmes.

 

Sources : Oxfam, Attac, Institut La Boétie, Wikipédia

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