Conçue dans la douleur, révélée dans le JDD dès novembre 2008, la réforme du permis de conduire entame enfin sa dernière ligne droite. Maintes fois repoussée, sa mise en application entrera en vigueur le 1er avril prochain. Il y a urgence. Cher, long à obtenir, le permis made in France ne semble pas non plus efficace. En 2008, un quart des 4.443 personnes mortes sur la route avaient entre 18 et 25 ans, alors qu’ils ne représentent que 13% de la population. Une proportion effroyable, unique en Europe, à laquelle il convient d’ajouter près de 22.000 blessés. Dès lundi, 12 inspecteurs formateurs vont donc arpenter les routes de France afin de préparer leurs 1.300 collègues à cette nouvelle façon de passer et de faire passer le premier examen de France : près de 700.000 permis B (seul concerné par la réforme) sont délivrés chaque année. Passage en revue des points forts des changements à venir.
Un code et un permis plus simples
L’épreuve du code a été repensée. Cinquante-sept questions ont été supprimées et 99 autres reformulées. Dans le même temps, 159 autres ont été ajoutées, afin d’aborder notamment de nouveaux thèmes, tels que l’écoconduite. Du côté de l’épreuve de conduite, une grille d’évaluation a été rédigée. Le candidat ne sera plus, comme c’est encore le cas aujourd’hui, éliminé à la première grosse erreur. Certes, des fautes éliminatoires sont maintenues, mais l’idée sera d’atteindre 20 points pour décrocher le précieux papier rose. La manière d’être au volant (conduite économe en carburant, courtoisie à l’égard des autres usagers de la route…) sera désormais prise en compte.
Repasser plus vite en cas d’échec
Quel candidat malheureux ne s’est pas désespéré à l’idée de devoir attendre des mois avant de retenter sa chance ? Il faut aujourd’hui entre un mois et neuf mois selon les écoles et les départements pour pouvoir repasser l’examen. Trente nouveaux inspecteurs sont arrivés en 2009 et une vingtaine d’autres doivent être nommés cette année. Autre solution avancée : la possibilité pour les auto-écoles de présenter leurs candidats dans un centre d’examen autre que celui situé dans leur département d’implantation. Une volonté d’accélérer les choses qui laisse sceptiques les inspecteurs
Un permis moins cher
Ce serait la conséquence directe de la promesse n° 2, à savoir la possibilité de repasser le permis plus rapidement après un échec. Qui dit délais réduits dit moins d’heures de conduite à repayer pour garder la main, avec un surcoût estimé entre 500 euros et 800 euros. Autres pistes évoquées pour dépenser moins, le "prêt-permis à 1 euro par jour", avec la prise en charge par l’Etat de la caution pour les plus défavorisés ; des "bourses au permis" financées par certaines collectivités locales ; l’augmentation des aides à destination des demandeurs d’emploi… Reste que le coût global du permis de conduire (estimé en moyenne à 1.200 euros) ne devrait pas fondre de manière spectaculaire.
Priorité à la conduite accompagnée
Parents, si vous voulez que vos rejetons de 18 ans décrochent le permis du premier coup et ne vous donnent (pas trop) de sueurs froides une fois au volant, une seule solution: l’AAC. Ou apprentissage anticipé de la conduite, ou encore, dans le langage courant, la "conduite accompagnée". Les chiffres parlent d’eux-mêmes: taux de réussite à l’examen de 70% contre 46% pour les candidats lambda, accidentalité réduite chez les conducteurs novices, assurances moins onéreuses… Tout parle en faveur de l’AAC. Celle-ci n’est pourtant choisie que par 30% des postulants. Un taux que le gouvernement entend faire passer à 50% d’ici à 2012. En rendant la démarche plus facile pour les mineurs de 16 ans et en l’ouvrant aux majeurs de 18 ans.
Alexandre Duyck - Le Journal du Dimanche
